Je ne pense pas que vivre avec quelqu'un sans sentiments pour se protéger soit une bonne chose. Ou encore se protéger pour ne pas tomber amoureux, ou pour ne pas être proche. Je sais pourquoi on le fait. Je comprends cette envie de se mettre à l'abri. Mais je crois profondément que c'est une erreur.
Je pense que l'être humain s'accomplit dans une relation amoureuse en aimant, en ayant des sentiments forts et profonds pour l'autre, en partageant et en ouvrant son cœur, mais en ayant atteint aussi la conscience qu'il n'a nul besoin de l'autre pour être pleinement heureux et complet. C'est paradoxal, je sais. Aimer pleinement tout en n'ayant pas besoin de l'autre. Et pourtant, c'est dans cet espace-là, entre l'amour et la liberté, que se trouve la relation la plus belle et la plus saine que l'on puisse vivre.
Car ainsi, détaché de ce que l'autre peut lui apporter, on peut se donner pleinement et aimer complètement en sachant que, si l'autre part, on n'aura rien perdu mais vécu une très belle expérience de partage et d'amour. On ne se sentira pas incomplet. On n'aura pas la sensation d'avoir perdu quelque chose mais, au contraire, d'avoir pleinement donné de soi-même.
Aujourd'hui, avec le recul, je me rends compte que je n'ai pas raté mon mariage. J'ai aimé sincèrement, profondément. J'ai donné tout ce que j'avais et j'ai construit une belle relation avec mes enfants. Le fait que mon ex-femme ait choisi d'y mettre un terme n'y change rien. Ça m'a pris du temps pour comprendre cela. Des mois à ressasser, à me demander ce que j'avais fait de travers, ce que j'aurais pu faire différemment. Et puis un jour, j'ai compris que cette question elle-même était un piège. Parce qu'elle partait du principe que j'avais échoué. Or je n'avais pas échoué. J'avais aimé. Et aimer n'est jamais un échec.
Quant à moi, j'ai retrouvé ma liberté. J'ai eu des soucis financiers à cause du divorce et en aurai sûrement d'autres. Mais j'ai l'amour de mes enfants, l'amour de ma famille. Je me suis rapproché de ma sœur, et ça n'a pas de prix.
Rien n'arrive par hasard, j'en suis persuadé. Tout a une raison d'être.
Parfois, on croit avoir fait une erreur. En effet, on serait arrivé à un autre résultat en faisant un autre choix. Mais si on a fait ce choix à cette époque, c'était pour une bonne raison. Prendre conscience de ce qui nous a poussé à faire ce choix nous aide à nous pardonner et à comprendre que nous n'avons pas fait d'erreurs. On ne peut passer à côté de sa vie, même si on le pense. J'ai mis du temps à intégrer cette idée. Elle m'a d'abord paru naïve, presque irresponsable. Et puis j'ai réalisé qu'elle ne disait pas que tous nos choix sont bons. Elle disait que tous nos choix nous apprennent quelque chose. Et que cette leçon, elle, n'est jamais une erreur.
Tout résultat découlant de nos choix est là pour nous aider à exprimer notre être et à nous élever. C'est la raison pour laquelle il ne faut au final jamais rien regretter, mais comprendre la raison qui nous a poussé à faire ce choix, analyser s'il était éclairé, s'il nous a amené à ce que nous désirions vivre et, si tel n'est pas le cas, passer un accord avec soi-même pour faire un choix différent la prochaine fois.
À la fin de ma vie physique, je suis sûr que ce qui comptera le plus sera ce que j'ai donné et non ce que j'ai reçu.
Une des choses que j'ai comprises, et c'est peut-être l'une des plus importantes, est que toute douleur morale provient d'un jugement de notre part sur la situation. Retirer le jugement retire la douleur. Ou changer notre jugement pour le remplacer par un regard bienveillant change tout. Ce n'est pas de l'aveuglement. C'est un choix conscient de ne plus alimenter la souffrance par nos propres pensées. Et c'est terriblement difficile, parce que notre esprit adore juger. Il juge en permanence. Mais les rares moments où l'on parvient à simplement observer ce qui est, sans y coller une étiquette de "bien" ou de "mal", on touche à une forme de paix que les mots peinent à décrire.
Pour en revenir au titre de cet article, suite à une rupture douloureuse, plusieurs réactions classiques surviennent : le désir de relations légères et passagères pour ne plus jamais s'investir, celui de retrouver rapidement une relation profonde et durable pour combler le vide, ou encore celui de ne plus vouloir recommencer. De fermer la porte à double tour et de jeter la clé.
Et lorsqu'on décide de ne plus jamais retomber amoureux pour se protéger de la souffrance d'être abandonné, on se coupe de soi-même. On se ferme. Il devient plus difficile aux autres de nous toucher, mais plus difficile pour nous également de nous ouvrir aux autres. On croit se protéger, mais en réalité on s'emprisonne. La muraille que l'on construit pour empêcher la souffrance d'entrer empêche aussi l'amour de sortir.
Au final, plus on s'éloignera des autres, et moins on se sentira connecté. Cela vaut-il vraiment le coup d'échanger une vie amoureuse de plusieurs mois ou plusieurs années contre la solitude ? J'ai la sensation que plus on cherche à se protéger, plus on s'isole au final. Et plus on s'isole, plus on est malheureux. C'est un cercle vicieux que seul le courage d'aimer à nouveau peut briser.
Le bouddhisme nous enseigne que toute chose a une fin. Il est impossible qu'il en soit autrement. Car la seule chose permanente dans la vie est l'impermanence. Rien ne reste jamais identique. Par conséquent, peu importe à quel point nous aimons une personne et désirons que les choses marchent, un jour, cela prendra fin. Ce n'est pas une fatalité, mais simplement l'ordre naturel des choses. Cela pourra être parce que l'une des deux personnes ne désire plus la même chose, que les valeurs changent, ou à cause de la maladie, de la vieillesse... Mais, alors que l'on pourrait en retirer le constat que cela ne servirait alors à rien de se lancer dans quelque chose qui finira un jour, je dirais que c'est au final tout le contraire.
C'est justement parce que ça finira un jour que c'est précieux. C'est justement parce que rien ne dure que chaque moment mérite d'être vécu pleinement. Si les roses étaient éternelles, les trouverions-nous aussi belles ?
Rappelez-vous le guerrier pacifique. Le plus important, ce qui nous apporte le plus de joie, est le chemin, pas la destination. On dit que pour vaincre une peur, il faut l'affronter, et non pas chercher à éviter toute situation s'en approchant.
Alors, plutôt que de craindre d'être abandonné, pourquoi ne pas vivre pleinement votre prochaine relation ? Peu importe qu'elle dure plusieurs mois, plusieurs années, ou jusqu'à la fin de votre vie. La vie est faite pour qu'on la vive. Et l'amour est fait pour qu'on le donne, pas pour qu'on le garde sous clé par peur de le perdre.
Si vous n'avez pas vu le film Si seulement, je vous déconseille de regarder cette vidéo car elle divulgue la fin :