Les émotions dérangeantes qui perdurent - comment se réconcilier avec elles? · partie 2

Aller à la rencontre, visualiser, communiquer

Etape 4: aller à la rencontre de cette partie de nous-même

C'est le moment d'établir un dialogue. Cette partie de moi, est-ce qu'elle se voit en train d'être observée? Dans mon cas, oui. Si, comme cela m'est arrivé dans certaines séances, je ne visualise rien, je me sens collée à cette sensation, ma thérapeute me demande d'observer ce qui constate que je suis collé à cette sensation. Et là, étrangement, un recul se produit. J'ai la sensation d'accéder à une partie plus haute de moi-même, plus calme, qui observe le mental mais qui n'est pas le mental.

Si je n'y parviens pas comme c'est arrivé lors d'une séance,ma thérapeute me demande me m'adresser à cet aspect de moi et de lui dire qu'on aimerait tellement pouvoir la comprendre, essayer de l'apaiser, de l'aider mais pour le faire, il faudrait qu'elle se décolle un peu car si elle est collée à moi, je ne peux la voir.

Je dois obtenir "le consentement" de cette partie de moi de se décoller un peu. Il m'est arrivée qu'elle refuse, qu'elle veuille rester collée. J'ai alors dû lui dire: j'entends que tu as peur de lâcher, que tu cherches à me protéger. Merci d'être là et de faire ce que tu fais car tu me protèges de quelque chose. Le but de faire cela n'est surtout pas destiné à se débarrasser de cette partie de moi pour ne plus ressentir de tristesse. Si des parties de moi résistent, je dois juste me contenter de tout accueillir.

 

Etape 5: visualiser de cette partie de nous qui se manifeste

A ce stade, en général, ma thérapeute me demande si je vois cette partie de moi qui se sent ainsi.

J'ai alors l'image d'une personne qui porte un chapeau pointue comme lorsque nous faisions la fête au réveillon du jour de l'An, enfants, mais qui est tout seule, dans une pièce sombre, comme une immense prison plongée dans le noir, avec juste une table et une petite lampe de bureau. Une personne qui a la tête enfouie dans les bras, qui se sent seule, triste. Vraiment seule.

En général,ma thérapeute me demande si cette partie de moi a conscience de moi, si elle se sent entendue, si elle sent qu'elle me s'adresser à moi et que je l'écouterai. Et là, le constat est sans appel. Elle est résignée. Elle ne se sait pas entendue, sauf en de rares moments où on l'autorise à s'exprimer. J'ai l'image d'un immense cadenas que j'ouvre en de rares occasions, mais la plupart du temps, cette partie de moi ne peut même pas tenter de communiquer avec moi-même. Elle s'est résignée. Elle est juste prisonnière.

A présent que je l'observe, elle en a conscience mais ne réagit pas plus que ça. Ma thérapeute me demande en général à ce stade ce que je ressens pour elle, envers elle. De la tendresse. Je la croyais morte, que cette partie en moi était juste artificielle, et je vois qu'elle est bien vivante, mais enfouie en moi. Et je veux l'aider, je ne désire pas qu'elle soit triste. J'ai de la compassion pour elle, donc pour moi, au final.

 

Etape 6: communiquer avec cette partie de nous

Une question arrive: comment te manifestes-tu dans ma vie? En ce qui me concerne, elle se manifeste quand, le midi, je veux montrer des vidéos drôles aux collègues pour les détendre. Elle se manifeste quand je cherche des jeux vidéos pour mes enfants sur internet, pour les vacances, le week-end. Elle se manifeste quand je cherche des activités chouettes pour mes enfants. Elle se manifeste quand je m'achète un jeu vidéo en me disant que j'y jouerai quand j'en prendrai le temps.

Une seconde question à poser: dans ma vie de tous les jours, à quoi tu me sers? Une image me traverse l'esprit: à ne pas m'assécher. J'ai l'image que je médite et que je deviens un humain-arbre, gris, desséché... mort. Elle m'empêche de mourir intérieurement, de me dessécher. Il est alors temps de la remercier d'être là et de faire ce qu'elle fait.

Troisième question: si tu ne faisais pas ce que tu fais, que craindrais-tu qu'il arrive? Et là, je perçois l'image de la mort psychologique. Je m'imagine allongé, n'ayant plus goût à rien, attendant juste la mort. C'est frappant. On n'imagine pas que l'on a tout cela en nous tant que l'on n'a pas creusé. Il est alors temps de la remercier à nouveau d'être là et de faire ce qu'elle fait pour m'éviter cette souffrance.

Quatrième question: depuis combien de temps es-tu en moi? Depuis combien de temps m'empêches-tu de tomber dans cet état de désintérêt total pour la vie? Elle a toujours été là. Et elle s'est manifestée plus fortement lorsque j'ai commencé à être enseignant, car c'était difficile. Et elle ne voulait pas que je sombre. Et elle a commencé à se sentir muselée quand j'étais en seconde, puis en 1ère S. En seconde, les difficultés scolaires ont commencé et il a semblé que l'amusement n'était plus vraiment à l'ordre du jour. Il n'était toléré que si les leçons étaient bien apprises et les exercices maîtrisés. Puis quand j'ai repris mes études en cours à distance en parallèle de mon métier d'enseignant. Et là, je devais réussir mes études pour quitter ce métier qui ne me convenait plus. L'amusement n'avais plus vraiment sa place. De temps en temps, avec mon ex-femme, il a été autorisé. Mais trop peu de fois. Le sérieux, l'assiduité ont pris le dessus. Et la possibilité de se distraire par l'amusement s'est vue muselée, presque emprisonnée en moi.

Et là, ça devient intéressant. Car jusque là, j'ai dialogué avec une partie de moi-même, mais réprimée. Qui joue un merveilleux rôle dans ma vie, mais qui n'est pas libre de s'exprimer. Mais qui l'en empêche? C'est à présent avec cette partie protectrice que je dois communiquer, à présent que j'ai entendu la partie de moi réprimée et qui se sent triste, résignée.

Et là, je perçois au contraire une sorte de garde, sévère, le visage fermé, qui garde le cadenas géant. Il est là pour empêcher le désir de s'amuser de s'échapper alors qu'il n'est pas utile. Et là, le travail recommence avec les mêmes questions: a-t-elle conscience que je l'observe? Comment se manifeste-t-elle dans ma vie? Dans ma vie de tous les jours, à quoi me sert-elle? Si elle ne faisait pas ce qu'elle fait, qu'est-ce qu'elle craindrait qu'il arrive? Depuis combien de temps est-elle en moi?

Il m'est arrivé lors de certaines séances de communiquer uniquement avec la partie protectrice, mais là, c'est une première, j'ai aussi communiqué avec la partie protégée. Et je lui ai posé les questions que je pose normalement à la partie protectrice! Mais rien de tout cela n'est inutile, il faut aller à la rencontre de soi-même et se parler, raccrocher tous les wagons de la conscience.

La plupart du temps, je n'observe pas cette partie protectrice et elle semble agir de son propre chef. Là, elle vient de prendre conscience que je l'observe et pose un regard suspicieux sur moi. Elle sait ce qu'elle a à faire et je n'ai pas à l'observer ou à tenter de communiquer avec elle.

Elle accepte de communiquer mais à condition que ça soit bref et concis. Très militaire et rigide.

Comment te manifestes-tu dans ma vie? Je suis là quand tu es distrait, pour que les choses avancent et que tu produises de la qualité, que tu ne rêvasses pas.

Dans ma vie de tous les jours, à quoi tu me sers? A t'empêcher de te disperser. A te recadrer quand tu voudrais prendre du bon temps alors que tu n'as pas atteint ton objectif, que tu n'as pas fait assez bien.

Si tu ne faisais pas ce que tu fais, que craindrais-tu qu'il arrive? Tu n'atteindrais jamais ou rarement tes objectifs. Tu te disperserais, serais fatigué car tu essaierais de jouer mais aussi de trouver du temps pour travailler et tu n'aurais pas le temps pour bien faire les deux. Je t'épargne du stress en t'aidant à te concentrer uniquement sur ton travail. Je t'aide à ne pas être trop fatigué. Là, une question importante s'est posée: si je n'atteignais que rarement mes objectifs, que se passerait-il? Et là, la réponse est rapide: je passerais ma vie à végéter, à la gâcher, à ne rien accomplir. Je découvre donc que je considère qu'une vie sans accomplissement extérieur est une vie gâchée.

Depuis combien de temps es-tu en moi? Depuis la quatrième. Depuis que tu as entendu ta mère dire à ton père que tu jouais trop alors que tes résultats n'étaient pas bons dans certaines matières. Et je me suis remanisfesté quand tu étais en seconde, puis en Première, Terminale, et toutes les années qui ont suivi.

Merci d'être là. Merci de faire ce que tu fais. J'entends tout ce que tu fais pour moi. Je comprends que tu l'as fait pour m'aider à resté concentré, à bien faire les choses.