Le titre ne reflète pas officiellement la réalité, car je n'ai pas encore eu le diagnostic officiel, mais le doute n'est plus permis venant de l'hôpital qui m'a reçu et m'a fait passer une série de tests.
Suite au fait que l'un de mes enfants ait été diagnostiqué autiste de haut niveau, son frère l'a également été, et mon ex-femme et moi-même avons été invités à participer à la recherche sur l'autisme en réalisant des tests, un prélèvement génétique, une IRM.
J'ignore en ce qui la concerne (même si j'ai ma petite idée pour avoir vécu avec elle plusieurs années), mais en ce qui me concerne, les résultats des premiers tests sont clairs pour la psychologue qui m'a fait passer l'ADOS-2: j'ai un grand nombre de troubles du spectre autistique, comme mes enfants, que l'on peut appeler autisme asperger (même si le terme a disparu aujourd'hui).
Les caractéristiques que je vis au quotidien
Voici les différentes caractéristiques d'autisme que j'ai depuis que je suis petit et qui ne se sont jamais "résolues":
- grande difficulté à comprendre le second degré ou l'ironie, sauf si c'est vraiment évident
- motricité fine très moyenne (écriture, agilité main, gestes de précisions)
- soucis d'équilibre
- difficultés importantes à comprendre l'implicite, ce qui me pousse à demander toujours des explications pour être sûr de comprendre ce que la personne veut dire
- sens du détail accru (lorsque je regarde quelque chose, je vois immédiatement des détails précis, et il me faut un certain temps pour faire le tour de la chose en observant tous ces détails avant de la voir dans son ensemble)
- hypersensibilité au bruit, à la lumière, et au toucher (je ne peux pas être dans les transports en commun ou à l'extérieur sans porter de casque à réduction de bruit)
- perte régulière des mots simples, m'obligeant à recourir à la description de l'objet (ce sont des mots tels que chaise, tasse...)
- difficulté à comprendre l'abstraction: j'ai systématiquement besoin d'exemples pour comprendre ce qu'une personne me dit car si elle parle en terme "d'idées", il y a tellement de possibilités d'interprétation que mon cerveau commence à élaborer de très nombreux scénarios pour combler les trous, créant de la confusion mentale
- la pensée visuelle: lorsque quelqu'un me parle, lorsque j'entends des expressions, je vois systématiquement des images un peu à la google image, basées sur des souvenirs. Le souci est que mon cerveau visualise tout de suite des expressions au premier degré et qu'une seconde après, je fais appel au souvenir de l'explication imagée
- la synesthésie de personnification : chaque couleur a un trait de personnalité fort.
- Le jaune est quelqu'un de calme, posé, réservé. Il ne casse pas de briques dans ce qu'il fait mais c'est généralement bien fait à part des erreurs d'étourderies.
- Le violet une personne d'âge mûr, posée, sur qui on peut compter, qui a de l'expérience, qui s'emporte rarement, a une maîtrise de lui-même. Mais il représente une personne qui a des parts sombres en elle. Elle se sent mal dans sa peau et a une vision plutôt pessimiste de l'avenir en règle générale. Elle est sujette à la critique, mais rarement en face. Je me sens mal par rapport au violet, j'ai l'impression de deux personnalités contradictoires qui cohabitent dans la même personne, ce qui la rend très instable pour moi.
- Le rouge vif est agressif, impulsif, presque dangereux car irréfléchi, il peut partir dans tous les sens, est soupe au lait, persuadé d'avoir raison.
- Le rouge plus sombre est plus âgé, imbu de lui-même, en colère constante à l'intérieur mais ne le montre que parfois. Ses colères sont alors effrayantes.
- Le turquoise représente un adolescent, vers 16-18 ans, la tête sur les épaules mais encore pleine de rêves, une belle énergie, positive.
- L'orange est une personne un peu quelconque, mais qui aime bien rire, faire des calembours faciles. Il est souvent de bonne humeur mais ne dit pas réellement ce qu'il pense. Il se cache derrière l'humour.
- L'orange sombre a une personnalité plus affirmée et fait preuve de compétences réelles.
- Le saumon représente une personne douce, très douce, agréable, qui a beaucoup d'amour en elle.
- Le vert clair, quelqu'un d'optimiste, de jeune, un peu immature, plutôt gentil
- Le vert émeraude, une personne très sage, profonde, une érudite, ayant une perception très juste du monde, une belle sagesse, qui apaise, rayonne mais sans se mettre en avant, a su voir au delà des illusions de ce monde, a un beau rire franc, léger. Une personne toute en finesse.
- l'analyse des émotions qui passe systématiquement par le cérébral. Je ne peux agir spontanément car pour chaque situation, mon cerveau passe en revue extrêmement rapidement toutes une séries de scénarios vécus (ou de films/séries) afin de déterminer la réaction la plus attendue, ce qui m'épuise en permanence
- des intérêts restreints "coupant du monde": en ce qui me concerne, c'est l'informatique, et j'ai du mal à m'intéresser à autre chose. J'ai eu, avant l'informatique, un intérêt restreint appréciable socialement, les séries et films.
- l'incompréhension des codes sociaux qui n'ont absolument aucun sens (pourquoi se faire la bise, se serrer la main, se souhaiter la bonne année, ne pas pouvoir dire certaines choses dans certaines situations mais pouvoir les dire dans d'autres)
- une difficulté à clairement analyser mes propres émotions et une incapacité à pouvoir me mettre à la place de quelqu'un s'il vit quelque chose que je n'ai jamais vécu (dans ce cas là, mon cerveau se met à passer en revue les lectures, films, séries, ou personnes rencontrées qui ont vécu ces situations et j'en déduis, selon le scénario qui s'est le plus souvent produit, dans quel état il est le plus probable que la personne peut se trouver, mais cela n'a rien d'intuitif pour moi)
- une difficulté à interpréter les expressions faciales: si l'expression est marquée, je peux sans souci dire qu'une personne est triste, en colère, inquiète, etc. Mais si c'est léger, je suis incapable de dire si une personne est fatiguée, contrariée/vexée/en colère, inquiète ou triste. Je distingue cependant bien le dédain et "faux sourire" d'un sourire véritable. Mais je ne vois pas le mensonge derrière un sourire qui a l'air sincère (je me suis fait avoir de nombreuses fois) alors j'ai aujourd'hui du mal à répondre sincèrement à un sourire sauf si je connais bien la personne et ne doute pas d'elle. Et étrangement, j'ai toujours eu la sensation que les gens n'exprimaient pas grand chose avec leur visage.
- des difficultés importantes spatiales (et légères concernant le temps, mais elles persistent et je peux sortir des absurdités temporelles): je mets énormément de temps à me repérer dans l'espace, c'est toujours source de stress, et je prends énormément d'indices photographiques sur les murs, les plantes, bureaux, fenêtres... je dois alors me repasser le film du chemin plusieurs fois dans mon esprit pour être sûr de le savoir.
- une confusion mentale fréquente (en ce qui me concerne, cela se produit à minima une fois par jour, au pire 3 ou 4 fois), lorsque les gens me parlent d'une idée, d'un concept, sans aucun schéma. Au delà de la troisième étape, mon cerveau ne peut plus rien assimiler et je suis obligé de demander de répéter, de schématiser sur une feuille. En réunion, c'est souvent impossible alors je reste passible et fais semblant de comprendre, puis je redemande à des collègues de me réexpliquer les tâches que je dois faire.
- pic de compétence: en ce qui me concerne, c'est la musique. Quand j'ai commencé le violon, au bout de 6 mois, mon professeur me disait que j'avais le niveau d'un 4ème année. J'ai également progressé extrêmement vite en guitare.
- incapacité à supporter ce qui bouge trop vite: les jeux tels que le football, basketball etc sont impossibles pour moi. Mais invitez-moi à une partie de badminton ou de ping pong et je serai des vôtres!
- un sens de la perfection accru
- un désir de tout classer, que ce soient les idées, préceptes, ou objets physiques, fichiers dans mon ordinateur, etc
- une importance énorme accordée à la "bonne conduite" (à l'honnêteté aussi), au respect des règles (à un tel point que j'ai voulu me faire ordonner moine bouddhiste à un moment)
- une mémoire phénoménale: elle l'était jusqu'à mes 20 ans. Je me rappelais du moindre détail des conversations que j'avais eues et de ce que je lisais. Mais avec l'âge et la fatigue, c'est parti.
- une incapacité à appréhender le jeu social, ce qui me pousse à "faire comme", en quasi permanence, sauf en famille ou avec les amis proches (même si, parfois, je me suis entendu dire des choses que j'avais entendues dans un film, ou que j'avais entendu quelqu'un dire, sans pouvoir l'empêcher, en mode pilotage automatique)
- une grande fatigue suite à chaque interaction sociale car mon cerveau passe son temps à analyser ce que la personne me dit pour ensuite réfléchir à la manière dont il faut que je réagisse selon les schémas précédemment observés, et aussi parce que les conversations orales me demandent un énorme effort de visualisation, ce qui provoque la plupart du temps un "gel" de mon cerveau qui ne répond plus, et je commence alors à répondre de manière incohérente
- une gestion des émotions difficile, car l'intensité des émotions est très importante, et ne sachant pas les gérer, je reste dans l'impassibilité (ou je me mets à paniquer), rentrant dans une sorte de mutisme
- Une observation accrue du comportement d'autrui, que j'ai toujours eue, afin de chercher à comprendre pourquoi les gens agissent ainsi. J'en étais venu à un moment à analyser les différentes manières de dire bonjour, mais aussi à la distance à laquelle les gens se tenaient les uns par rapport aux autres, aux gestes qu'ils faisaient dans telle ou telle situation, pour "savoir" comment je devais faire
- des impairs sociaux mal gérés (ma soeur et son mari m'ont offert une boite de chocolats pour Noël et j'ai sorti un "ça va me faire grossir!" sans même m'en rendre compte car je pense à haute voix. Un collègue a rapporté une boite de chocolats. Quelqu'un demande qui l'a apportée, et sans réfléchir, je dis fort à côté dudit collègue: "je ne sais plus comment il s'appelle")