Je ne me reconnais plus tout à fait
Ces dernières semaines, je sens que je change. Et pas dans le bon sens.
Je deviens plus dur. Je juge plus vite. Je me ferme. Moi qui aimais aller vers les autres avec curiosité, je sens monter de l’impatience, une façon de classer les gens, de conclure trop vite.
Ça ne me ressemble pas. Et c’est justement pour ça que je l’écris. Si je ne le nomme pas, j’ai peur de m’y habituer.
Si tu t’es déjà surpris à devenir quelqu’un que tu ne reconnais pas, tu sais de quoi je parle. Il y a la peine de ce qu’on traverse, et la gêne de voir ce que ça fait de nous.
Ce que ma pratique m’aide à voir
Dans ma pratique Kadampa, on parle des poisons de l’esprit. Je les ai étudiés, contemplés sur mon coussin. Et aujourd’hui, j’en vois deux pousser en moi.
L’aversion, d’abord. Cette façon de dire non au monde, de me tenir à distance.
L’orgueil, ensuite. Cette petite voix qui me dit que j’aurais fait mieux, que je vois plus clair. Elle donne l’impression de me protéger. En réalité, elle m’isole.
Je ne suis pas dans le déni. Je vois ma part. Je ne veux pas me raconter une histoire où je serais la victime d’un monde injuste. J’ai choisi la rupture, j’en porte la responsabilité.
Et je vois le prix de cette dureté : la solitude. Pas celle, paisible, d’un soir tranquille chez soi. Celle où l’on se sent loin des autres.
Quand la tristesse déborde
L’autre jour, au travail, la tristesse est montée d’un coup. Je l’ai sentie dans tout mon corps.
J’ai tenu. J’ai continué ma journée, j’ai fait ce qu’il fallait. Mais le soir, j’ai compris une chose simple : je ne pouvais plus porter ça seul. Il était temps de demander de l’aide.
Il y a aussi les silences. Des messages restés sans réponse, des portes qui se ferment sans un mot. Je sais que chacun fait comme il peut. Mais ça m’a blessé, et ça a nourri la tentation de penser que les gens ne sont pas fiables.
Je me surprends à généraliser. Puis je relis mes pensées et je vois le piège : transformer une déception précise en jugement sur tout le monde. C’est une excuse pour me fermer. Je n’en veux pas.
Quand l’espoir se fait petit
À certains moments, j’ai du mal à croire que je pourrais aimer de nouveau. Je sais que c’est la fatigue qui parle. Je sais que les états d’esprit changent, que les pensées ne sont pas des prophéties. Mais sur le moment, l’avenir me paraît étroit.
Je sens que je glisse vers quelque chose de lourd. Je préfère le nommer plutôt que de faire comme si tout allait bien. Continuer à travailler et à sourire ne veut pas dire que tout va bien à l’intérieur.
Deux petites flammes
Et puis il y a de la lumière.
J’ai trouvé une thérapeute qui comprend ce que je vis. Ce mot, comprendre, m’a fait du bien. Un endroit où je n’ai rien à prouver, ni à minimiser. Elle va m’accompagner pendant trois mois.
Et hier, j’ai hébergé pour une soirée et une nuit un moine que je connais depuis de nombreuses années. Sa présence a suffi. Il me rappelle que les gens peuvent être bons. Pas parfaits. Mais bons, patients, simples.
Quand il est reparti, tout n’était pas réglé. Mais quelque chose en moi s’était souvenu : la bonté existe, et j’en fais partie aussi.
Deux petites flammes. Une thérapeute pour m’aider à remonter la pente, et un ami qui me rappelle ce qui compte.
Ce que je choisis
Je ne veux pas devenir un homme dur. Je veux rester celui qui va vers les autres avec curiosité et douceur, même après avoir été blessé.
Alors je fais des gestes simples. J’écris. Je parle. Je me fais aider. Je m’assois sur mon coussin et je laisse passer ce qui doit passer. Et je reviens, chaque fois, vers l’ouverture plutôt que vers la fermeture.
Si tu te reconnais dans ces lignes, je te dis simplement ceci : le voir, c’est déjà beaucoup. Et demander de l’aide n’est pas une défaite. En parler à un médecin, à un thérapeute ou à un proche, c’est prendre soin de soi.