Se reconnecter à soi, accepter de ressentir du plaisir · partie 2

Se donner la permission du plaisir

Elle m’a demandé ce qui m’apportait du plaisir, mais qui ne dépendait que de moi. Et ce fut compliqué. Compliqué car j’ai découvert que je ne me laissais pas la place au plaisir. A part le sport le soir et un peu de guitare, je suis toujours dans le "devoir". Il a fallu un moment avant que ne me viennent à l’esprit des choses comme le chant, apprendre de nouvelles choses, pratiquer le reiki, parler à des amis, repenser à des choses drôles.

Je crois que ce moment de silence a été l’un des plus importants. Ce blanc où je cherchais « ce qui me fait plaisir » et où rien n’arrivait, parce que j’avais appris à vivre en mode fonctionnel. Faire ce qui est utile. Faire ce qui est attendu. Faire ce qui est raisonnable. Et puis, parfois, me récompenser. Comme si le plaisir devait être mérité.

Ce fonctionnement, je le reconnais bien. Il a un côté rassurant: il donne une structure, une direction, un sentiment de contrôle. Mais il a aussi un coût: il assèche. Il coupe de la spontanéité. Il rend tout lourd. Et, pour quelqu’un comme moi, qui peut vite se sentir saturé, c’est un terrain idéal pour l’épuisement.

Elle m’a dit que le plaisir devait être présent au quotidien.

Cette phrase a résonné comme une révolution tranquille. Pas « de temps en temps ». Pas « quand tout sera fini ». Pas « quand j’aurai mérité ». Au quotidien. Pas pour se distraire de la vie, mais pour y revenir.

"Si je ne m'autorise pas à me faire plaisir, c'est que je manque de confiance" <=> "je suis toujours dans l'action".

Je l’ai compris ainsi: être toujours dans l’action, c’est parfois une manière de ne pas sentir. Ou de ne pas se poser la question: « De quoi ai-je besoin maintenant? » Parce que cette question, si je l’écoute vraiment, me rend responsable de moi. Et c’est plus simple, parfois, de continuer à faire.

Nous avons travaillé des affirmations importantes comme "je n'ai rien à faire pour être aimé".

Je n’ai pas envie d’en faire une formule magique. Je sais que ces phrases ne guérissent pas d’un coup. Mais je vois leur utilité: elles ouvrent une fenêtre. Elles montrent une direction. Elles disent à l’enfant intérieur, celui qui a appris à être sage, performant, discret: « Tu peux déposer l’armure. »

Elle a insisté sur le fait que si j’aime faire des choses que je trouve amusantes mais qui semblent inutiles, je ne devais pas être dans le jugement de moi-même et les faire quand même si elles me plaisent (ça peut être n’importe quoi, des croquis, de la pâte à modeler, etc).

Ce point m’a touché parce que je suis capable de me juger même dans la détente. Comme si une partie de moi restait debout, bras croisés, à évaluer: « Est-ce que ça sert? Est-ce que c’est sérieux? Est-ce que tu perds ton temps? » Et là, j’ai vu une confusion: j’avais mélangé sérieux et rigidité.

Et est venu alors le moment où l’on a travaillé sur le don: le don aux autres, le don à soi. Elle me disait que si l’on ne s’accorde pas assez de place, pas assez tout court, c’est comme une pyramide de coupes de champagne. Si la première ne déborde pas, les autres ne peuvent être remplie. Si l’on ne se remplit pas soi-même, on ne peut être disponible pour les autres.

Cette image, je la trouve très juste. J’ai longtemps eu peur que « me donner » soit de l’égoïsme. Mais je commence à sentir la différence entre nourrir l’ego et nourrir l’être. L’ego veut se prouver quelque chose. Il veut gagner, être reconnu, être au-dessus. Se nourrir intérieurement, c’est simplement créer des conditions stables pour que la générosité ne soit pas un sacrifice, mais un mouvement naturel.

Et si je regarde honnêtement, combien de fois ai-je donné en étant déjà vide? Combien de fois ai-je écouté en serrant les dents, en me disant que je devais être à la hauteur? Ce n’est pas une faute, c’est humain. Mais c’est un signal: si je donne sans me remplir, je finis par donner avec amertume, ou avec attente. Et là, le don devient une transaction invisible.

Apprendre à rire de soi fut un exercice intéressant. Par exemple, alors que l’on est stressé, s’imaginer sous forme de fruit géant en train d’essayer de faire quelque chose. Ca destresse, ça peut déclencher un fou rire si on est stressé, et on fait au final mieux les choses.

Je ne pensais pas que ce type d’exercice me parlerait. Et pourtant, il a fait bouger quelque chose de très profond: ma relation à l’image. Quand je suis stressé, je deviens très « droit », très serré, très grave. Comme si ma valeur dépendait de mon contrôle. M’imaginer en fruit géant, c’est faire un pas de côté. C’est rendre à l’instant sa légèreté. Et cette légèreté n’est pas de l’inconscience. C’est un relâchement de la saisie, encore une fois.

Le souci, c’est que nous avons, la plupart du temps, une image du sérieux qui est erronée: nous pensons souvent qu'une personne sérieuse est rigide, ne rit pas, n'est pas détendue. Et elle m'a alors demandé de trouver des modèles de personnes compétences, sérieuses, mais détendues, pour m'inspirer d'elles. J'ai pensé à mon enseignant reiki, mon professeur de guitare, mon enseignant de mathématiques de Terminales, cette merveilleuse enseignante de chant à l'IUFM, le moine que j'ai eu comme enseignant pendant presque un an (Tonpa)... Plus je pensais à eux, plus je souriais. Ils étaient si drôles et détendus, et en même temps nous apprenions si bien!

Ce souvenir m’a fait du bien parce qu’il remet de l’air dans une croyance: « Pour être fiable, je dois être tendu. » Or, ces personnes-là m’ont appris l’inverse: on peut être rigoureux et vivant. Exigeant et doux. Profond et joyeux. Leur détente n’était pas de la paresse, c’était une stabilité. Une façon d’habiter leur place sans se crisper sur leur rôle.

Et là, je rejoins quelque chose de bouddhiste: quand le « moi » se contracte, tout devient grave, lourd, personnel. Quand le « moi » se relâche, il reste l’action juste, mais sans la tension narcissique qui l’accompagne. Le rire de soi, dans ce sens, n’est pas de l’auto-dévalorisation. C’est une sortie de la prison du personnage.

Se reconnecter à soi

Lors de la troisième séance, nous avons fait un travail de reconnexion à soi: poser la main sur son coeur, se dire que l'on est important, que l'on s'aime, que l'on est écouté.

J’ai été surpris par la simplicité de ce geste. La main sur le cœur, c’est concret, immédiat. Ça court-circuite un peu l’analyse. Et chez moi, l’analyse peut devenir une manière de ne pas être touché. Là, je ne pouvais pas tricher: j’étais face à ma capacité à me parler avec bienveillance.

Elle m'a fait me connecter à l'enfant qui était écouté pour répondre à mes besoins de:
- reconnaissance / acceptation
- trouver ma placer / me faire de la place
- écoute / disponibilité

Ces mots, « l’enfant qui était écouté », ont remué une tristesse fine et ancienne. Pas une tristesse spectaculaire, plutôt un manque discret: celui d’avoir souvent vécu comme si je devais mériter l’attention. Comme si mon monde intérieur était « trop ». Trop sensible, trop intense, trop compliqué. Alors je me suis adapté. J’ai appris à être compétent. J’ai appris à être utile. Et l’enfant, lui, a appris à se taire.

Se reconnecter à lui ne veut pas dire régresser, ni se raconter une histoire. C’est reconnaître qu’il existe encore en moi une part qui a besoin d’être accueillie. Et que ce n’est pas incompatible avec l’adulte responsable. Au contraire. Un adulte qui méprise l’enfant intérieur devient souvent un adulte dur, même s’il est performant.

Elle m'a dit qu'en s'apportant de la place, on a envie de faire sentir à l'autre qu'il est important et qu'on l'écoute.

Je l’ai ressenti très concrètement. Quand je suis rempli, même un peu, ma présence change. Je suis moins pressé. Je coupe moins la parole. Je suis moins dans la solution. Je peux juste être là. Et pour quelqu’un d’hypersensible, c’est précieux: je ne suis plus noyé par l’émotion de l’autre, parce que je suis déjà en lien avec la mienne.

Elle m'a aussi dit qu'il fallait apprendre à donner pour le plaisir de donner. Que s'il n'y a pas de plaisir à donner, que ce soit du temps, de la parole, ou autre, c'est qu'il faut apprendre à se donner plus à soi-même, qu'on ne s'est pas donné assez.

Cette idée m’a aidé à distinguer deux dynamiques. Il y a le don qui part d’un trop-plein simple, une disponibilité, un élan. Et il y a le don qui part d’un manque, un don pour être accepté, un don pour être tranquille, un don pour être aimé. Dans le deuxième cas, je peux donner beaucoup, mais je me sens rarement nourri. Je me sens « utilisé », parfois même si personne ne me demande rien. Parce que c’est moi qui me mets en position d’obligation.

Elle m'a aussi dit que l'on apprenait à faire attention à l'autre par une énergie d'amour, pas pour se faire aimer/accepter. Mais qu'il fallait s'écouter avant.

Ce « s’écouter avant » n’est pas une excuse pour se replier. C’est un point d’équilibre. Dans le bouddhisme, la compassion n’est pas une performance. C’est une qualité du cœur, mais elle a besoin de sagesse. Et la sagesse, ici, c’est voir mes limites, voir mes besoins, voir quand je suis en train de me perdre dans le rôle du « gentil » ou du « fort ».

Ce fut extrêmement enrichissant car j'ai eu, pendant longtemps, du mal à faire des choses pour moi: me faire des soins reiki, me donner de l'espace, apprendre à dire non. Je me suis bien amélioré cette dernière année sur ce point, mais ces séances de sophrologie m'ont montré qu'il y avait encore du travail pour m'accorder plus de place, afin d'en donner aussi davantage aux autres (ce qui est donc complètement compatible avec les belles valeurs du bouddhisme).

Je le vois maintenant avec plus de clarté: je ne « trahis » pas la pratique en m’autorisant du plaisir. Je la trahis plutôt quand je transforme la voie en ascèse crispée, en auto-jugement constant, en combat contre mon humanité. Le bouddhisme pointe l’attachement, pas la joie. Il invite à la lucidité, pas à la punition.

Donc apprendre à prendre soin de soi, à s'accorder du temps, afin d'être plus disponible ensuite pour les autres. Tout en ne confondant pas le plaisir avec le bonheur, il reste indispensable dans notre vie pour être épanoui.

Je conclurais ainsi, simplement: le plaisir, quand il est vécu avec présence, devient un entraînement à l’impermanence. Il vient, il repart, et je peux le savourer sans le saisir. Il peut même devenir une manière de cultiver la gratitude, la douceur, l’équilibre. Prendre soin de moi, ce n’est pas me choisir contre les autres. C’est remplir la première coupe, pour que quelque chose puisse déborder, naturellement. Et dans cette débordante simplicité, je retrouve une compatibilité profonde avec mes valeurs bouddhistes: moins de saisie, plus de vérité, plus de compassion, pour moi aussi.

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« La réussite ne mène à rien. Elle ne fait aucune différence, alors soyez simplement heureux, maintenant ! L'amour est la seule réalité du monde, parce qu'il est UN, voyez-vous. Et les seules lois sont le paradoxe, l'humour et le changement. Il n'y a pas de problème, il n'y en a jamais eu, il n'y en aura jamais. Cessez de lutter, libérez-vous de votre intellect, débarrassez-vous de vos soucis et détendez-vous dans le monde. Inutile de résister à la vie ; faites simplement de votre mieux. Ouvrez les yeux et découvrez que vous êtes bien plus que vous ne l'imaginez. Vous êtes le monde, vous êtes l'univers ; vous êtes vous-même ainsi que les autres ! Tout cela fait partie du Jeu merveilleux de Dieu. Réveillez-vous et retrouvez votre humour. Ne vous inquiétez pas, soyez simplement heureux. Vous êtes déjà libres !" »

Dan Millman
Explorer tout : Réflexion sur la spiritualité