Mon expérience de la vacuité après la transmission des pouvoirs de Arya Tara

Ce que je vais vous raconter ici est l'une des expériences les plus extraordinaires de ma vie. Je ne sais pas si je trouverai les mots justes pour la décrire, car elle se situe au-delà des mots, dans un espace que le langage peine à atteindre. Mais je vais essayer, parce que cette expérience m'a changé profondément.

La transmission de pouvoirs d'Arya Tara

Après avoir suivi une cérémonie bouddhiste, appelée « transmission de pouvoirs » d'un bouddha en particulier, Arya Tara, il s'est produit quelque chose que je tiens à partager avec vous.

Rassurez-vous, lorsqu'on parle de transmission de pouvoirs, il n'y a rien de mystique derrière tout cela. C'est une cérémonie traditionnelle bouddhiste durant laquelle nous recevons les puissantes bénédictions d'un bouddha ayant une fonction spécifique. Pendant la cérémonie, l'officiant explique la nature de ce bouddha, son histoire, et guide les visualisations pour recevoir les bénédictions.

Cette cérémonie nous accorde la permission de visualiser le bouddha en question, de prendre sa forme, et de réciter son mantra. Il n'y a aucun engagement relié à cette pratique.

Ce qui s'est passé le lendemain matin

Suite à cette transmission des pouvoirs, je me suis senti bien, apaisé. Et le lendemain matin, quelque chose d'étonnant s'est produit.

De mon réveil jusqu'à environ 9h00 du matin, j'ai eu la sensation claire de faire l'expérience de la vacuité. Je me suis levé et c'est comme si je ne trouvais plus la couverture. Je regardais ma montre et je ne la trouvais plus non plus. C'était comme si, en les regardant, je regardais l'assemblage de particules qui vibraient et les assemblaient. Mais je ne les voyais plus comme des objets existants intrinsèquement. Je ne voyais pas les particules comme dans un microscope, bien sûr, mais je ressentais l'énergie qui vibrait en elles, leur donnant cette forme impermanente.

L'expérience s'est poursuivie avec mon corps. Je le regardais mais ne le percevais plus comme mon corps, mais comme faisant partie du tout. Je ne voyais plus la différence entre mon corps, les murs, les objets de la pièce. C'était comme si tout était énergie vibrante, que tout était relié mais exprimé sous une forme particulière.

Quand tout devient un

Quand je suis sorti, j'avais l'impression de ne plus pouvoir toucher le sol, que l'essence de mon corps vibrait avec l'essence du sol, l'essence du vent, des arbres m'entourant.

Et quand j'ai vu les gens... je me suis senti « incapable » de les voir séparément. Tout était relié. Les gens, les arbres, moi-même... tout n'était que vibration d'énergie, expression d'une vibration qui évoluait sans cesse, se transformait. Si je disais bonjour à quelqu'un, j'avais le clair sentiment que je disais bonjour à une autre partie de moi-même. Toute existence intrinsèque semblait avoir disparu.

Toujours sur le quai, j'ai eu le clair sentiment d'être toute chose. D'être la personne qui venait d'accoucher à l'autre bout du monde comme d'être l'enfant qui venait de naître. J'ai eu des images, des sensations qui m'ont traversé. Je me suis vu nager dans une eau verdâtre. Je me suis senti glisser sur les branches d'un arbre. Je me suis vu regarder des adultes faisant du vélo sur une route en terre. J'ai ressenti la joie d'une adolescente qui embrassait un jeune garçon et la frustration d'un adulte ressassant les situations de sa vie. Je me suis senti courbé par le poids de l'âge et jeune enfant en train de courir...

Toutes ces sensations naissaient en moi, comme si j'étais à plusieurs endroits en même temps et plusieurs personnes en même temps. Et, en même temps, je ressentais que toute personne était l'individualisation d'un même esprit, comme si nous n'étions tous que les vagues d'une mer, chacun exprimant « la mer » à sa manière.

Le retour

Arrivé au travail, cette sensation de vacuité m'a rapidement quitté. Mais c'était une expérience extraordinaire qui s'est comme « imposée » à moi sans que je cherche à la provoquer.

J'ai profondément remercié Tara pour cette expérience, car je lui avais demandé de m'aider à avancer sur le chemin de la bouddhéité. Grâce à elle, j'ai ressenti ce jour-là des élans de compassion, de tolérance et d'amour envers des gens. Et parfois, quand je les regardais, je « comprenais » qu'il n'y avait rien à pardonner.

Je ne sais pas si cette expérience se reproduira un jour. Peut-être que non. Mais elle m'a montré, l'espace de quelques heures, ce que les bouddhistes essaient de nous enseigner depuis des millénaires : que la séparation entre les êtres est une illusion. Et que derrière cette illusion, il y a quelque chose de si vaste, de si lumineux, que les mots ne peuvent que l'effleurer.