L'une des choses les plus difficiles au monde
Voilà peut-être l'une des choses les plus difficiles au monde... à moins que non.
Donner sans attente... c'est véritablement un concept qu'il ne m'est pas toujours facile d'appliquer. En règle générale, quand je donne, de mon temps, de la gentillesse, ou quelque chose de physique, j'attends au minimum un remerciement et un retour de gentillesse.
Ça ne veut pas dire, lorsque j'invite quelqu'un, que j'estime qu'il se doit de m'inviter en retour, ou lorsque j'accepte certaines choses, qu'il doit faire la même chose en retour pour moi. Mais il y a en moi cette petite voix qui tient des comptes, qui mesure, qui compare. Et c'est cette voix-là que j'apprends à faire taire.
Vivre sans attente pour éviter la déception
En fait, la clef pour éviter la déception est de vivre totalement sans attente, car, au final, le positif de notre vie viendra de ce qu'on a donné, plutôt que de ce qu'on a reçu.
Je vais prendre des exemples simples :
Dans les transports en commun, j'estime naturel de tenir la porte pour la personne derrière moi, mais ce n'est que rarement le cas pour les personnes qui sont juste devant moi. À ce moment-là, je pense « vis sans attente ».
J'avais apporté une saison d'une série en VO pour mon supérieur sur une clef USB. Il est parti mardi soir en vacances à Montélimar, et je lui ai demandé s'il pourrait me rapporter du nougat. Il a hésité, mais a finalement refusé en me disant qu'il devrait prendre sa voiture pour y aller, que ça n'allait pas être simple... Ça m'a légèrement vexé, mais, à nouveau, m'a conforté dans l'idée de ne rien attendre en retour des gens lorsqu'on leur donne quelque chose.
J'étais aussi dans un divorce contentieux, volonté de ma future ex-femme, que je tentais de rendre par consentement mutuel. J'ai accepté un certain nombre de choses pour qu'elle comprenne que j'étais ouvert à la communication et à l'échange, mais, au final, je n'ai reçu que du négatif. Bien sûr, ça m'a fait un petit quelque chose, mais, en définitive, la pensée reste la même : « vis sans attente ».
Quand l'aide n'est pas réciproque
Parfois, on aide quelqu'un dans la difficulté, financièrement ou moralement, et les gens nous le rendent. Parfois, ça crée des liens très forts. C'est agréable, et ça fait vraiment du bien au moral. Et parfois, les gens nous font sortir de leur vie très facilement, dès qu'ils ne sont plus dans la difficulté.
Devrait-on leur en vouloir ? Peut-être, mais ça nous ferait plus de mal que de bien. Devrait-on se dire « on ne m'y reprendra plus » ? Je ne pense pas. Cela nous priverait de la joie de donner, et du bien-être que procure le fait de se décentrer de soi-même pour donner de sa personne.
Devrait-on s'en vouloir de s'être fait avoir ? Encore une fois, je ne pense pas. Il n'est pas convenable de se flageller, de regretter le passé en s'auto-dépréciant. Cela empêche de grandir et d'avancer.
Le passé est derrière, le don est devant
Non, le passé est le passé. Il est derrière nous, et c'est terminé. Nous ne pouvons rien faire quant à celui-ci.
Au final, donner sans rien attendre en retour n'est pas simple, mais c'est un gage de quiétude quant à l'attitude d'autrui. Cela aide à continuer à agir en allant vers les gens sans se recroqueviller sur soi-même parce qu'on a l'impression que les gens sont peu enclins à aller vers nous.
Le bouddhisme m'a beaucoup aidé à comprendre cela. L'attachement aux résultats de nos actions est une source majeure de souffrance. Quand on donne avec l'attente d'un retour, ce n'est plus vraiment un don, c'est un échange déguisé. Le vrai don, celui qui libère, c'est celui qui ne demande rien. Et paradoxalement, c'est souvent celui qui nous revient au centuple, sous des formes qu'on n'attendait pas.
Avec toute mon amitié, mes amis.